ce site est dédié à notre fils Valentin qui nous a quitté au 8ème mois de vie in utero. Perdre un enfant est un événement très difficile à vivre. Il n'est pas dans L'ordre ds choses.
Message de l’auteure aux parents
Chers parents, vous venez d’apprendre le décès de votre bébé et vous vivez
sûrement les pires moments de votre vie. Le décès de votre enfant vient de briser tous
vos rêves, les projets que vous aviez faits pour ce dernier. Votre désir d’être parents est
anéanti, votre bébé tant attendu ne reviendra pas à la maison, ne grandira pas à vos
côtés.
Au cours des prochaines semaines, vous serez aux prises avec diverses
émotions telles que la peine, la colère, l’angoisse et la révolte. Prenez le temps de les
vivre et de les exprimer, soit verbalement ou par écrit, car cela vous aidera à mieux vivre
le départ de votre bébé.
Pour l’instant, vous ne pouvez croire que la vie peut continuer, mais au fil des
mois à venir, vous passerez par différentes étapes qui vous feront cheminer dans votre
deuil. Petit à petit, vous irez mieux, les moments douloureux et les angoisses
s’atténueront et reviendront moins souvent, vous recommencerez à vous ouvrir aux
autres et vous réapprendrez à vivre malgré l’absence de votre bébé.
Chers Parents, j’ai écrit ce journal suite au décès de ma petite fille survenu
quelques minutes après sa naissance. Après la première année, j’ai senti le besoin
d’aider d’autres parents à traverser cette terrible épreuve. Cet ouvrage se veut un outil
de références et surtout un message d'espoir.
Sachez que nous vous offrons nos plus sincères condoléances dans ces
moments difficiles et nous espérons que ce journal d’accompagnement pourra vous
guider à travers cette épreuve.
Mélyssa Gravel, B.Sc inf
Décès périnatal
Le décès périnatal est le décès d’un bébé en cours de grossesse jusqu’à sept
jours de vie. Passé ce cap, nous parlons de décès néonatal. Plusieurs causes peuvent
l’expliquer allant de la fausse-couche aux malformations d’origines diverses, en passant
par les maladies génétiques ou la très grande prématurité. Parfois le décès peut
survenir de manière inexpliquée, entraînant ainsi chez les parents une profonde
incompréhension.
Certains parents éprouvent une très grande culpabilité face à la mort de leur
bébé. Ils croient qu’ils auraient pu l’éviter. Ils cherchent des actions commises ou non
pendant la grossesse. Sachez que vous n’êtes pas responsables, vous ne souhaitiez
pas la mort de votre bébé.
En mémoire du bébé
Après votre accouchement, vous serez ébranlé. Peut-être ne saurez-vous pas
comment réagir et c’est normal. Le personnel de l’unité d’obstétrique sera là pour vous
guider. Peut-être ressentirez-vous le besoin de voir votre bébé, peut-être que non.
Sachez que le choix vous revient et qu’il n’y a pas de bonne ou mauvaise décision.
Par contre, voir le bébé, le prendre dans ses bras, lui donner un nom et le
garder avec vous quelques heures sont des moments intimes avec votre enfant qui ne
reviendront plus. Ces moments peuvent vous aider à mieux vivre son départ.
Votre bébé demeure auprès de vous aussi longtemps que vous le désirez.
Certains parents ont voulu prendre une photo de famille avec leur bébé, lui mettre des
vêtements achetés pour lui, le laver et le bercer quelques heures. N’ayez pas peur d’être
jugés. Donnez-vous le droit de vivre ce moment comme vous le ressentez. Soyez à
l’aise avec les suggestions qui vous sont proposées et respectez vos propres limites.
Nous tenterons de vous aider à vivre ces moments d’intimité le plus facilement possible.
Une Cérémonie des anges en mémoire de votre bébé peut être faite en
présence de l’aumônier et votre famille peut y être inviter.
Le personnel de l’unité vous remettra également des souvenirs du bébé à votre
départ. À vous de voir si vous voulez les emporter maintenant ou si vous préférez
revenir les chercher plus tard. Le personnel les gardera sur l’unité pendant un mois.
Témoignage
Lorsque j’ai accouché de mon fils mort-né, nous avons passé une heure et demie avec
lui dans la chambre d’hôpital. Ces moments seront à jamais gravés dans ma mémoire. La
rencontre avec ce petit être, qui était tant attendu, a été merveilleuse. Nous l’avons bercé, nous
lui avons parlé, nous avons pris des photos et une mèche de cheveux. Nous avons vraiment pris
le temps de faire connaissance avec lui. Bref, nous étions des parents en amour avec leur fils,
malgré son décès. (Émilie et Daniel, parents de Nathan décédé in utero à 34 semaines)
Retour à la maison
C’est la période la plus difficile. Vous quittez l’hôpital les bras vides alors que
vous anticipiez tant ce retour avec bonheur. À ce moment, l’absence du bébé prend tout
son sens.
Le fait de retourner chez vous peut vous angoisser, surtout si tout était prêt pour
l’arrivée de votre bébé. Peut-être vous demandez-vous ce que vous ferez de ses petites
choses, de sa chambre ? Prenez votre temps. Certains parents préfèrent la garder
intacte, comme une preuve que le bébé a réellement existé. Ils s’y réfugient
régulièrement pour s’y recueillir et se sentir plus en contact avec leur bébé. Pour
d’autres parents, le besoin de défaire la chambre est urgent, essentiel à leur survie.
Chaque personne est unique et c’est pour cela qu’il est important de vous laisser un
temps de réflexion avant de prendre votre décision.
Témoignages
« Mon retour à la maison n’a pas été facile. Premièrement, le fait de quitter l’hôpital en
laissant ma puce là-bas me brisait le coeur et j’ai fondu en larmes. La veille, j’avais demandé à
mon conjoint qui était revenu à la maison pour chercher des trucs de fermer la porte de la
chambre du bébé parce que je ne voulais pas voir la pièce à mon retour. Ce qu’il a fait. J’avais
hâte et peur en même temps puisque j’étais très fragile moralement et émotivement. Me
retrouver seule à la maison était tout un défi. Les premiers mois quand mon conjoint quittait pour
le travail, moi j’allais chez ma mère et j’y restais jusqu’à ce qu’il revienne. Ce n’est que depuis la
date prévue de l’accouchement que je me suis sentie capable de rester seule chez moi. J’avais
alors décidé de passer cette journée seule avec moi et ma puce à la maison.
Pour ce qui est de la chambre, sur le coup, je voulais tout repeindre et tout changer.
Cependant, mon conjoint trouvait que la pièce était très belle et souhaitait la garder pour le futur
bébé. Comme nous gardions le sexe du bébé en surprise, la décoration était unisexe. Alors j’ai
décidé de me laisser du temps et aujourd’hui, soit trois mois et demi après, la chambre est
encore comme je l’avais arrangée et très fréquemment je vais me bercer dans la pièce. Je me
sens tellement bien, je me sens enveloppé et je me dis que j’ai très bien fait de ne pas détruire
tout ce que j’avais fait pour ma puce. Aujourd’hui, je vois une signification à tout ça. Il y aura
toujours une petite partie d’elle dans cette chambre puisqu’elle l’a en quelque sorte, fait avec
moi. » (Véronique, maman d’Anaïs décédée in utero à 35 semaines de grossesses)
« Quant à sa chambre la porte s'est fermée pendant un temps je la regardais à travers le
carreau de la porte, de loin. Je n'osais plus y entrer. Puis à la naissance de son petit frère j'ai tout
changé le mobilier, et maintenant c'est une vraie chambre de bébé. » ( Caroline, maman de
Clément, décédé à 23 semaines )
Le post-partum
Malheureusement, malgré l’absence du bébé, vous aurez à vivre avec les effets
secondaires qui accompagnent la période postnatale tels des pertes sanguines, des
contractions post-partum, des blues du post-partum et des montées de lait. Pour
certaines mamans, avoir ces symptômes les réconfortent dans leur rôle de mère. Ils
sont la preuve qu’elles ont été une maman. Pour d’autres, cela vient amplifier la tristesse
associée à la perte du bébé. Chacun réagit différemment, à sa façon. Si les montées de
lait deviennent trop inconfortables, vous pouvez mettre un sac de glace sur les seins
pendant environ 15 minutes ou mettre une feuille de chou froide. Si c’est trop
douloureux, vous pouvez également prendre de l’acétaminophène. Si jamais vos seins
présentent des zones durcies, rouges, enflées et douloureuses ou encore si vous faites
de la fièvre, consultez un médecin.
Témoignages
« La montée de lait a signifié beaucoup pour moi. Elle venait confirmer que j’étais bel et
bien devenue une mère et ce, même si je n’avais pas mon fils à la maison avec moi. Mon corps
venait me rappeler le nouveau rôle que je jouais malgré la grande tristesse qui m’habitait : celui
de maman » (Émilie, maman de Nathan décédé in utero à 34 semaines)
« Les montées de lait me faisaient très peur, car je n’avais pas de bébé à allaiter…ça m’a
rassuré qu’elles soient peu abondantes » (Mélyssa, maman de Jolyanne décédée après sa
naissance à 37 semaines)
Étapes du deuil
Pendant les prochains mois, vous traverserez plusieurs étapes qui font partie de la
progression du deuil. Il est important de préciser que ces étapes peuvent être franchies
dans un ordre différent et les retours en arrière sont possibles et parfois même
essentiels à votre guérison.
La première étape : le choc et le déni
Vous venez d’apprendre que votre bébé est décédé. Vous êtes probablement en
état de choc. Vous ne réalisez pas ce qui vous arrive. Vous avez l’impression d’être
dans un mauvais rêve, que vous allez vous réveiller. Vous refusez de croire ce qui vous
arrive. C’est le déni, un mécanisme de défense qui permet de rester en contrôle de la
situation.
La deuxième étape : la désorganisation
Cette étape est la plus difficile à franchir. Vous réalisez pleinement la perte de
votre bébé, le vide qui vous habite est intolérable et très angoissant. Vous avez peine à
réaliser les tâches habituelles. Vous êtes autant affectés psychologiquement que
physiquement. Pendant cette étape vous ressentirez différentes émotions comme la
colère, la culpabilité ou la révolte. Parfois, vous pouvez ressentir le désir d’aller rejoindre
le bébé. C’est une phase intérieure très douloureuse. À cette étape, vous avez besoin
de parler et de penser au bébé décédé, de vous le rappeler, d’être empreint de son
souvenir. Cette attitude est saine et est nécessaire, afin de vous aider à cheminer et à
apprendre à vous détacher petit à petit de ces souvenirs.
La troisième étape : la réorganisation
À cette étape, les périodes de souffrance sont moins fréquentes et moins
intenses. La vie reprend son cours tout doucement. Vous réapprenez tranquillement à
vivre sans le bébé. Malgré une fragilité émotive encore présente, vous réussissez à
penser au bébé sans pleurer et même à passer de longs moments à ne pas y penser.
Vous pouvez toutefois ressentir une certaine culpabilité face à cet « oubli » du bébé. Ne
vous en faites pas, c’est normal.
La quatrième étape : la réappropriation
Vous recommencez à élaborer des projets. Vous êtes moins émotifs, mais vous
avez conscience que la vie est bien fragile. À ce stade, vous êtes capable de prendre un
certain recul par rapport à votre deuil, de voir tout le chemin parcouru. Cependant, la
crainte de perdre encore un être cher est toujours présente et peut vous insécuriser.
Cinquième étape : la transformation, la guérison
Maintenant les souvenirs reliés au bébé ne sont plus source de souffrance. Vous
êtes maintenant capable de voir certains éléments positifs relativement à la perte de
votre bébé. Il est même possible que vos valeurs familiales se soient modifiées.
Durée du deuil
Le deuil est un processus de guérison et de réparation qui demande de l’énergie
et qui ne se fait pas en deux jours. Sa durée moyenne se situe autour d’un an.
Cependant, il n’est pas anormal de dépasser ce délai. La perte d’un enfant représente le
deuil le plus long et le plus complexe. Plusieurs facteurs peuvent en influencer sa durée
et sa résolution. Parmi les facteurs influençant, il y a le nombre de mois d’essais pour
déclencher la grossesse, la cause du décès, le déroulement de l’accouchement et le
soutien familial lors du retour à la maison. Le fait de ne pas connaître la cause du décès
peut aussi être un facteur influençant la résolution de ce dernier.